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2047 : L'Ère des Chenus – Quand les Vieux Sauvent le Monde!

  • Photo du rédacteur: Philippe Cointy
    Philippe Cointy
  • 13 mai
  • 4 min de lecture

La canicule de 2047 a fondu le bitume des boulevards parisiens. Les dernières voitures individuelles, interdites depuis 2040, pourrissent dans des parkings déserts, recouvertes de lierre et de poussière. Les jeunes, nés avec des implants neuronaux et des écrans rétiniens, courent toujours, mais ils ne savent plus pourquoi. Ils ont tout : des villes intelligentes, des aliments synthétiques, des IA pour gérer leur vie. Tout, sauf un passé.

Et c'est là que nous, les Chenus, entrons en jeu.

Nous sommes la Génération Chenue. Pas vieux. Chenus. Comme ces arbres centenaire dont les racines tiennent la terre ensemble. Nous sommes ceux qui ont vu le monde basculer. Ceux qui se souviennent des grèves de 2023, des pénuries de 2035, des premières vagues de migration climatique. Ceux qui savent encore pourquoi on se battait, comment on survivait, ce que ça faisait de vivre sans algorithmes pour décider à notre place.

En 2047, nous sommes 25 millions. Un tiers de la population française. Et nous sommes devenus indispensables.


Le Grand Renversement

Tout a changé après le Krach de 2042. Pas un krach boursier. Un krach cognitif. Ce jour où les IA, sursollicitées, ont commencé à halluciner. Où les algorithmes de décision ont proposé des solutions absurdes : licencier tous les employés de plus de 50 ans pour "optimiser la productivité", rationner l'eau potable pour "maximiser les profits", ou encore, dans un hôpital marseillais, euthanasier les patients en phase terminale pour "libérer des lits".

Ce jour-là, la France a réalisé une chose : les machines ne savaient pas penser. Elles savaient calculer, optimiser, prédire. Mais elles ne savaient pas ce que ça faisait, d'être humain.

Alors, on nous a sortis de nos résidences, de nos EHPAD, de notre isolement. On nous a donnés des Antennes de Transmission – ces anciens supermarchés, ces usines désaffectées, ces écoles abandonnées, transformés en temples de la mémoire. Et on nous a dit : "Sauvez-nous."


Le Système des Chenus

Chaque Chenu a un rôle. Pas par charité. Par nécessité.


  • Les Mémorialistes racontent. Ils enregistrent leurs souvenirs dans le NMN (Nouveau Mémoire Nationale), une base de données inviolable, où chaque récit est validé par trois témoins. Pas question de mentir, de tricher, d’édulcorer. La mémoire, ici, est sacrée.

  • Les Passeurs enseignent. Ils animent des ateliers : réparer un vélocultiver sans pesticidescuisiner avec des restessoigner avec des plantes. Des savoirs que les jeunes ont oubliés, que les machines ne connaîtront jamais.

  • Les Veilleurs conseillent. Dans les hôpitaux, ils rappellent aux médecins que guérir, ce n’est pas juste soigner un corps. Dans les entreprises, ils évitent les erreurs du passé. "On a déjà essayé ça en 2025. Ça a fini en catastrophe." Dans les mairies, ils aident à prendre des décisions humaines.


Et les jeunes ? Ils doivent écouter. Deux heures par mois, minimum. Sinon, pas d’accès aux aides publiques. Pas de logement social. Pas de formation subventionnée. Pas de passeport citoyen, ce sésame qui permet de voter, de voyager, d’accéder aux services essentiels.

Au début, ils râlaient. "Pourquoi on doit écouter des vieux ?" Maintenant, certains supplient pour avoir plus de temps avec nous.


La Révolte des Algorithmes

Bien sûr, tout le monde n’était pas content. Les Techno-Puristes, ces jeunes fanatiques de la Silicon Valley européenne, ont crié au retour en arrière"Pourquoi perdre du temps avec des humains quand on a des IA ?"

Alors, on a fait un test. On a laissé une IA gérer une ville pendant un mois. Résultat : les poubelles n’étaient plus ramassées (trop cher), les écoles étaient fermées (peu rentables), et les vieux étaient abandonnés dans des entrepôts climatisés (pour "optimiser les ressources").

À la fin du mois, la ville était en ruine. Les gens avaient faim. Les enfants pleuraient. Et les IA, elles, ne comprenaient pas.

Depuis, plus personne ne conteste notre rôle.


Les Défis de l'Ère des Chenus

Bien sûr, tout n’est pas parfait.


  • La Fatigue des Chenus : Raconter sa vie, encore et encore, ça use. Certains inventent des histoires. D’autres abandonnent"On n’est pas des machines à souvenirs", grogne Henri, 88 ans.

  • La Résistance des Jeunes : Certains trichent. Écouteurs dans les oreilles, faux certificats, IA pour générer des comptes-rendus. "Pourquoi écouter des vieux parler d’un monde qui n’existe plus ?" Mais de plus en plus, ils comprennent. Comme Thomas, 25 ans : "Au début, je venais parce que j’étais obligé. Maintenant, je viens parce que j’ai réalisé que ces vieux, ils savaient des trucs que personne d’autre ne savait."

  • La Marchandisation de la Mémoire : Certaines entreprises ont tenté de privatiser notre savoir. "500€ de l’heure pour écouter notre expert." Mais on a riposté. "La mémoire, c’est comme l’air : ça doit être gratuit. Sinon, on étouffe."

  • L’Adaptation Technologique : Beaucoup d’entre nous ont du mal avec les outils numériques. Alors on a inventé des interfaces adaptées : commandes vocales, écrans tactiles géants, médiateurs humains. "Un vieux avec une tablette, c’est comme un jeune avec un livre", rigole Luc, 76 ans. "Au début, c’est bizarre. Ensuite, ça devient naturel."


2050 : Et Demain ?

Personne ne sait ce que sera 2050. Mais on sait une chose : sans nous, la Génération Chenue, le monde de demain sera un monde sans mémoire. Sans âme. Sans humanité.

Alors on continue. On raconte. On transmet. On veille.

Parce que dans une société qui court vers l’avenir en oubliant son passése souvenir, c’est déjà résister.


Et peut-être, juste peut-être, sauver le monde.

Parce que le futur se construit avec les leçons du passé.  


BEAU - BON - BIEN

 
 
 

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